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Tablettes mobiles et Dyspraxie : Etat des lieux, transmutabilité des connaissances et perspectives

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Comme vous l'avez peut-être découvert en avant-première sur l'E2D web-Tv, j'ai eu la chance de pouvoir interviewer Philippe Liotard, sociologue et maître de conférence à l'université de Lyon 1, et Jean-Marc Roosz, président d'Ecole2demain, à propos des résultats obtenus sur l'expérimentation nationale menée dans différents établissements du primaire et du secondaire quand à l'utilisation de tablettes mobiles ( majoritairement des IPAD) auprès d'enfants ou d'adolescents dyspraxiques.

Ces interviews vidéos sont possibles grâce à la participation de Poonam, lycéenne handicapée (troubles moteurs et dyspraxie visuo-spatlale). Elle cadre et assure le montage des vidéos et nous lui avons confié le rôle de conseiller multimédia pour les réalisations "maison".

Comme nous l'a fait remarquer , lors d'un échange sur Twitter :

 

vos dernières vidéos sont sûrement très intéressantes mais le son est si mauvais que je ne les ai pas regardées jusqu'au bout.

 

Il est vrai que la prise de son du camescope est loin d'être excellente et le logiciel de traitement de son de Poonam a beau être efficace, il n'a pas pu réduire de manière satisfaisante les bruits parasites. Pour autant, j'ai décidé de conserver les vidéos en l'état sur E2D web-TV pour plusieurs raisons, et ce même si je suis persuadé que Philippe Liotard et Jean-Marc Roosz seraient prêts à répondre à nouveau à mes questions. L'une des raisons tient au fait que cela nous permettra, dans quelques temps, de voir les progrès que nous avons tous réussi ensemble grâce à la prise en compte de tous les avis qui participent à la réalisation et au développement d'Ecole2demain, de se remémorer chacune des étapes de ce beau challenge, qui est de participer à l'accès au savoir et aux apprentissages au bénéfice de tous les élèves, de confronter nos réalisations au réel et de prendre en considération les axes de progrès formulés.

Afin de vous faire profiter davantage des réponses de Philippe Liotard et Jean-Marc Roosz, voici les différentes vidéos avec la transcription des propos. (En bleu l'accès à la video)

Tablettes Mobiles & Dyspraxie : Etats des lieux

CM2ED : Bonjour Philippe, tu as mené une première expérimentation sur l'usage des tablettes auprès d'enfants en situation de dyspraxie du primaire et du secondaire. Aujourd'hui, qu'est-ce que tu peux nous dire des premiers résultats ?

Philippe Liotard : Cette expérimentation avait pour mission de tester la plus-value éventuelle des tablettes numériques sur les ordinateurs, sachant que la plupart des jeunes qui ont utilisé la tablette lors de l'expérimentation avait déjà un ordinateur. Il s'agissait de voir la réelle utilité en dehors de l'aspect légèreté, etc... Ce que nous constatons est l'appropriation de l'IPAD de manière indépendante et rapide sans recours à un ergothérapeute ou à une formation. Par ailleurs, un certains nombre d'entre eux ont carrément pris l'IPAD à la place de l'ordinateur pour aller à l'école. L'expérimentation se limitait à comment les jeunes s'approprier la tablette numérique, en l'occurrence celle d'Apple.

Tablettes mobiles et Dyspraxie : Transmutabilité des connaissances

CME2D : Après une première expérimentation et les effets constatés sur la prise en main et dans certains cas en remplacement de l'ordinateur, est-ce que tu penses que ces connaissances peuvent être transférables à d'autres typologies de handicaps cognitifs de type dyslexie, dysorthographie, ...la famille des DYS, ou est-ce spécifique aux dyspraxiques ?

PL : C'est tout à fait transférable à d'autres handicaps. D'ailleurs, nous le retrouvons avec le nombre d'applications disponibles sur le marché même si elles sont majoritairement anglophones aussi bien pour des dys que des autistes. Pour les handicaps bien identifiés, des communautés ont déjà commencé à produire des applications pédagogiques. Ce qui fait qu'aujourd'hui, une grande partie des handicaps ont déjà des outils pour tablettes numériques et plus particulièrement sur l'IPAD. Par ailleurs, nous pouvons aussi considérer l'IPAD comme une méga télécommande qui peut tout à fait être utile pour des personnes tétraplégiques. Elles peuvent grâce à la simple extrêmité de leurs doigts accèder au monde entier en matière d'interconnexions.

L'utilisation des tablettes mobiles dans l'éducation : Nouveaux usages et nouvelles pédagogies ?

CME2D : Des nouvelles connaissances, de nouvelles applications qui viennent sur le terrain en accompagnement pour les personnes en situation de handicap et cela indépendamment du handicap, maintenant en pédagogie, il existe l'effet diligence. A savoir, de nouvelles technologies oui, mais pas de nouvelles pédagogies, c'est-à-dire que nous reproduisons la même chose. Par exemple, avant on faisait des cours par K7 audio, ensuite en CD-rom, c'est toujours la même dynamique. Est-ce que dans le cadre de cette première expérimentation, vous avez observé de la part des enseignants de nouvelles manières de transmettre le savoir, de faire monter en compétences les enfants, les étudiants, ou est-ce que de la part des étudiants, vous voyez de nouveaux usages se développer par rapport aux tablettes ? Est-ce que nous sommes dans un effet diligence ou est-ce que nous sommes sur le point de basculer vers autre chose ?

PL : Nous avons les deux. le premier aspect de l'expérimentation évoqué précédemment n'a pas porté sur les pédagogies ni sur l'usage des enseignants mais sur l'appropriation par les jeunes des IPAD. Ce qui n'est pas la même chose. Du coup l'effet de diligence, nous pouvons aussi le penser par rapport à cela. De qui on parle et comment on se place ? Du point de vue des enseignants, il est vrai que l'on aura tendance, en tout cas, c'est une première réaction spontanée à utiliser l'IPAD pour faire son diaporama comme il faisait avant avec son ordinateur et qu'il aurait fait avant avec des transparents. C'est une première chose qui est, effectivement, une reproduction des usages. Néanmoins, ce que l'on observe est la capacité des jeunes à s'approprier l'outil d'une manière intuitive et spontanée qui permet de générer des usages et qui était impensable pour les enseignants eux-mêmes. Cette rencontre fait qu'on va pouvoir aller vers des choses nouvelles. Ce que nous pouvons constater, non pas dans l'expérimentation menée, mais sur ce qui ce fait aujourd'hui est le croisement entre les tablettes, entre tout ce qui relève de l'interactivité et interconnectivité avec l'usage de plate-formes, de travail à distance, de travail d'échange de fichiers, etc...le multimédia, et les usages que font les enfants et les enseignants avec une perspective différente avec, non pas qu'est-ce que je peux faire autrement mais, comment je peux penser autrement. Et, notamment, on s'aperçoit qu'il est possible aujourd'hui de faire supports de cours directement interactifs au moment même où le cours se fait avec Twitter, tout en produisant des documents collaboratifs puisque tout le monde participe dans l'instant du cours et même au-delà du cours, le soir à la maison pour alimenter les documents produits. Nous arrivons à un résultat que n'aurait pas pu faire seul l'enseignant et que les élèves n'auraient jamais osé faire d'eux-mêmes. Cette rencontre permet de produire avec une nouveauté, à la fois dans la démarche de construction, mais aussi dans la réalisation de produits pédagogiques. Un exemple simple : le fait de concevoir son propre manuel scolaire avec un IPAD et un logiciel Ibook author qui permet de construire un manuel très rapidement avec du texte, des images, et dont les élèves peuvent à leur tour faire évoluer et transformer.

Tablettes mobiles et Handicap : Les conditions de réussite

CME2D : Dans le cadre d'Ecole2demain, différents constructeurs sont contactés par rapport à la question du handicap. Toi, en ta qualité de scientifique, quelles sont les conditions de ce dialogue pour qu'il soit constructif, qu'il puisse valoriser au mieux toutes les connaissances des différentes expérimentations que tu mènes ?

PL : Je pense que la première condition est l'autonomie du chercheur par rapport au constructeur. c'est-à-dire que les questions, les connaissances que l'on apporte, qui viennent des questions initiales posées, de la compréhension de réalité, son interrogation et nous apportons aux constructeurs ces réponses. Et c'est parce que nous apportons ces réponses que les constructeurs sont intéressés. Ce n'est pas la même chose que de travailler pour le constructeur dans la perspective d'améliorer ses logiciels ou les structures de hardware. Nous sommes dans une volonté de comprendre la réalité du handicap dans le cadre éducatif du système scolaire et universitaire, voire dans le cadre de la professionnalisation des personnes handicapées. Cette préoccupation qu'est la notre et de fait, les constructeurs quel qu'ils soient peuvent avoir intérêt à s'enrichir de nos connaissances pour pouvoir proposer des produits adaptés. Non pas à grand volume forcément mais à un public qui possède des caractéristiques spécifiques. Sachant que, au-delà, notamment pour des constructeurs comme Apple, l'enjeu est de développer l'accessibilité de leurs produits, de manière à ce que tout le monde puisse, acquérir une tablette IPAD sans se préoccuper de savoir si derrière, il faudra qu'il achète un logiciel ou une extension pour l'utiliser.

Tablettes mobiles & Handicap : l'effet Whaou

CME2D : Pour conclure sur l'expérimentation des tablettes numériques en milieu éducatif auprès d'enfants dyspraxiques. Quel est le premier mot, la première émotion qui vient chez les enfants et chez les enseignants ?

PL : chez les enfants : Plaisir. Chez les enseignants : Fonctionnalité et aisance.

CME2D : Aujourd'hui, tu vas travailler avec Jean-Marc Roosz, le président de l'association d'Ecole2demain sur un guide des usages, quel est l'objectif ?

PL : Il s'agit de faire apparaître comment on peut, à la fois, répondre aux problèmes qui se posent dans l'usage habituel, quotidien des nouvelles technologies de l'information et de la communication, et indépendamment des stratégies didactiques et des rationalités pédagogiques, tout en apportant des préconisations afin de sortir du cercle des spécialistes pour aller vers un usage qui se diversifie, se popularise. Cela permet au pus grand nombre de s'approprier des technologies et des habitudes également qui permettront à terme de réduire la fracture numérique, qui est avant tout une fracture sociale.

 

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