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#Handicap et #conservatoires - Bilan & perspectives

Par Patrick GUILLEM

Accueil de personnes en situation de handicap dans les conservatoires, bilan et perspectives

La loi du 11 février 2005 "Pour l'égalité des droits et des chances,la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" inscrit dans le droit commun l'accession des personnes en situation de handicap à l'enseignement artistique pratiqué dans les conservatoires mais force est de constater que cet accueil est non seulement très rare, mais partiel.

Le paradoxe est que, s'il y a consensus autour de la nécessité d'accueillir des personnes en situation de handicap dans les lieux d'enseignement, nous sommes très loin de répondre à cette mission : la population de personnes en situation de handicap est évaluée à 10 pour cent, ce pourcentage est ridiculement faible dans les effectifs des conservatoires.

L'absence de demandes est souvent invoquée.
Souvent les familles d'enfants handicapés sont dans l'auto censure:
1°l'insertion sociale et professionnelle reste une priorité bien compréhensible
2° parfois la lourdeur des soins ne libère que peu de plages horaires pour s'adonner à une
activité culturelle qui demande de l'assiduité et une pratique régulière.
3°L'image malheureusement toujours élitiste des conservatoires ne favorise pas les choses.
Les publics concernés ne sont pas informés des possibilités d'adaptation de cursus au sein des conservatoires.

Au delà du nombre de personnes en situation de handicap accueillies, les propositions qui leur sont faites sont parfois troublantes.
Nous remarquons certaines dérives qui peuvent être préjudiciables à la "normalisation" de cet accueil.
Certaines mises en place d'ateliers collectifs accueillant des personnes handicapées fleurissent dans nombre d'établissements.
D'aucuns pourraient les considérer comme une première marche vers l'accessibilité.
Dans les faits, elles se traduisent trop souvent par une "ghettohisation" dont l'absence de mixité est la preuve. A ce titre, des problèmes juridiques pourraient d'ailleurs se poser. Les élèves n'ont que rarement accès aux autres cours, ils ne peuvent pas choisir leur instrument et il y là une situation d'inégalité dans l'usage d'un service public, une discrimination de fait.

Quelques démarches exceptionnelles existent où la personne handicapée se voit proposer un véritable cursus (adapté si besoin). Mais ce qui prévaut, hélas ! ce sont des dispositifs de type "animation" bien en deçà des attentes de ce public et qui ne s'inscrivent pas dans notre cadre d'emploi principal.

Je rappelle que nous ne sommes ni des animateurs ni des musicothérapeutes, mais des professeurs.

A ce titre, nous sommes souvent demandeurs de formations. C'est légitime puisque la plupart d'entre nous ne connaissent pas le monde du handicap.
Le problème est qu'il est impossible de former les enseignants sur l'ensemble des handicaps.
Même si une information/formation sur le sujet semble nécessaire, la formation n'est pas un pré-requis pour commencer cet enseignement. En revanche, l'accompagnement des enseignants est indispensable.
Le professeur est avant tout pragmatique et il voudra être informé sur le handicap qu'il aura à traiter.
Un aperçu global des différents handicaps ne répondra que très partiellement à ses attentes, il faut donc chercher d'autres voies.

Le pédagogue adapte déjà son enseignement en fonction de l'élève qu'il a en face de lui, il possède déjà bien des qualités requises, au delà peut être de ce qu'il imagine lui même, pour enseigner à des personnes handicapées.
Combien de professeurs sont confrontés au problème d'élèves qui ne fixent pas les choses ou qui ont de grandes difficultés a produire un son, à coordonner des gestes?
Ces élèves qui ne sont pas "répertoriés" comme des personnes souffrant de handicap sont pourtant dans une situation de handicap dans leur apprentissage, sans même parler des problèmes de dyspraxie ou de dyslexie qui, rarement dépistées, ne font l'objet d'aucun dispositif particulier.(la dispraxie : trouble d'apprentissage, trouble de la coordination et de la planification des gestes concerne un élève sur 25. Nous en avons tous eu dans nos cours ! Avec quelle pédagogie?)

De fait, nous avons dans les conservatoires des élèves dont les handicaps "légers" permettent de suivre un cursus "normal" pour les autres ; l'accueil est la plupart du temps inexistant ou organisé dans des ateliers collectifs où le projet culturel individualisé de la personne n'est pas pris en compte (choix de l'instrument ou de la pratique).
Certains conservatoires ont relevé le défi avec succès : maintenir des exigences pédagogiques malgré des handicaps très lourds, nécessitant une adaptation du cursus.

Comment déceler des aptitudes et des envies dans le cadre d'ateliers collectifs regroupant des personnes handicapées ?
Cela semble difficile à évaluer et ce n'est que rarement défini comme un objectif.
Des actions de sensibilisation doivent être mises en place avec les institutions médico-éducatives et les familles afin de mieux envisager ce qu'il est possible de faire.

Les directeurs sont responsables de leurs établissements et ils se trouvent souvent démunis face à la complexité du problème. On ne peux les blâmer d'agir avec prudence pour de multiples et légitimes raisons mais il est grand temps de mettre en place les conditions qui permettront de trouver des réponses pérennes non discriminatoires.

L'attitude positive consiste à dire que tant que l'on à pas essayé, il est impossible de savoir si c'est possible ou non.
A l'impossible nul n'est tenu, naturellement, et chacun peut se tromper. Il faut savoir aussi admettre l'échec d'une intégration. Il y a dans ce cas toujours d'autres solutions, d'autres réponses...

Les éducateurs du secteur médico-éducatif et les familles peuvent assurer un soutien non négligeable (un peu comme les AVS à l'école) et contribuer à rassurer les professeurs tout en participant à leur formation/information.

Au sein de chaque établissement, quelques pistes peuvent être explorées :
1°un référent handicap pourra centraliser les informations et servir de lien entre les différents partenaires.
(familles, institutions, associations...),
2°un pôle de ressources comprenant des professeurs sensibilisés, la direction du conservatoire et si
possible des personnes du milieu médico-éducatif serviront d'interface entre le ou les professeurs et les
différents intervenants,
3°le partage des expériences et la mutualisation des compétences sera une démarche privilégiée indispensable pour enrichir les outils de chacun.
4°le projet d'établissement doit définir clairement l'engagement du conservatoire vis à vis des personnes en
situation de handicap.

En conclusion, nous avons tout à construire.
L'intégration de personnes handicapées, l'inclusion de tous dans un projet collectif, va enrichir notre pédagogie, développer une mixité qui apportera à chacun le sentiment de participer à l'élaboration d'une société plus humaine et plus juste.
Relevons le défi, il est tellement magnifique.

Patrick GUILLEM, Coordinateur de l'Action Handicap
CRD (Conservatoire à Rayonnement Départemental) des Landes.

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