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Christophe Bernard, moniteur de mathématiques en MFR

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Depuis 75 ans, les Maisons Familiales Rurales (MFR) existent. D’abord, créées pour prendre en charge la formation de jeunes issus de familles d’agriculteurs, aujourd’hui, elles proposent, au travers de leur réseau, une forme d’éducation populaire pour de nombreux enfants. Reconnues depuis 1984 comme ayant une mission de service public, elles proposent une formation en alternance dès la quatrième avec 50% d’apprentissage en stage, sous statut scolaire.

Ces élèves qui se confrontent très tôt à la réalité des entreprises ont le difficile choix de l’orientation alors qu’ils sont souvent, au départ, en situation d’exclusion scolaire, essentiellement pour ceux qui entrent dans le cycle d’orientation 4ème-3ème. De la 4 ème au BTS, les MFR proposent aujourd’hui d’autres cursus que l’agriculture, comme les services à la personne, les entretiens d’espaces verts ou les différents services à la collectivité en milieu rural.

Pour Ecole2demain, Christophe Bernard, moniteur en MFR nous fait l’honneur de répondre à nos questions.

 

Quelle est la situation de l’enseignement ?

Comme partout, nous assistons parfois à des querelles de chapelle, j’ai l’impression que les systèmes se juxtaposent sans s’écouter mutuellement  avec une prédilection pour la transmission des savoirs au détriment de la compétence. Je préfère partir des pratiques pour aller au savoir, à la théorie. Je pense qu’il faut penser l’école comme un lieu d’échanges entre les membres de la communauté, parents et chefs d’entreprises compris. Là, où dans l’école classique, le professeur est le référent, dans les MFR, il y en a 4 : le moniteur, les parents, le maître de stage et l’enfant.

 

Quelles sont les tâches que tu as vu faire ?

J’ai une collègue dont le “dada”, c’est la mobilité, construire des voyages. Cela force les enfants à s’ouvrir, à se questionner sur les cultures. J’ai eu la chance de partir en Turquie, en Pologne. J’ai une autre collègue qui met son curseur personnel très en avant dans la relation humaine, l’écoute. Elle est devenue un peu la référente : un coup de blues, chez l’enfant, c’est sa tâche. Elle le fait d’elle-même. Pour les élèves en situation de handicap que nous accueillons, elle est déjà sensibilisée à cette question de par son parcours professionnel. Elle était éducatrice auprès de traumatisés crâniens dans un Service d’Accompagnement et de Soutien, le SAS de Beaulieu.

Quand nous détectons des personnes en situation de handicap, elle prend en charge l’accompagnement. Dans les MFR, nous sommes aussi sensibles au bien-être du jeune qu’à son bulletin de notes. Nous regardons le jeune avec toutes ses facettes.

 

Quelles sont les actions que tu mets en place?

A l’aide de cette collègue, nous mettons en place des accompagnements individualisés. Nous ne sommes pas formés spécifiquement à la base à cette prise en charge. On identifie parfois des difficultés comme étant une inadaptation sociale ou un « handicap social », si je peux dire.

Pour nous, les stages sont un révélateur de certains handicaps. Le maître de stage nous appelle, “dites-moi le jeune, il a pas un petit souci ?”. A partir de là, l’établissement et le maître de stage doivent se positionner : « on continue ou pas ? ». Dans le MFR où je suis, nous décidons toujours de poursuivre, de ne pas considérer le handicap comme un vecteur d’échec. Nous réalisons un bilan et sommes particulièrement vigilants, en regardant vers l’avenir. Il faut dire les choses à l’enfant, aux parents :

« Quelles sont les difficultés ? Comment y remédier ? »

Cela dit, l’une des craintes est d’être identifiée comme une structure spécialisée dans la détection de handicap. Surtout que nous avons déjà parfois l’image, fausse, d’établissements réservés aux enfants en difficultés ou en exclusion scolaire…

Dans les faits, de nombreux parents sont dépassés quand un handicap est détecté, et paradoxalement, les jeunes concernés vivent plutôt bien cette forme de reconnaissance, qui résonne pour eux parfois même comme une véritable renaissance. Avec les familles, de longues conversations, discussions sont nécessaires pour parfois admettre qu’il s’agit d’un handicap. Il n’est pas rare d’entendre de la part des mères de famille : “C’est la première fois que l’on me parle de handicap, qu’on ose me dire les choses.”

 

Quels sont les résultats ?

J’observe un changement chez les jeunes, au delà de la question du handicap. Ils sont plus ouverts, ont une vision de l’adulte différente.

Dans les MFR, en plus des stages et des modules professionnels, nous participons tous à l’entretien des locaux et à la réalisation des tâches quotidiennes. Cela permet d’avoir d’autres formes d’échanges, un autre regard sur le jeune, et réciproquement. Je ne connais pas les élèves que par leurs notes.

Pour nous, si l’enfant est bien dans ses baskets, il avancera, c’est la base de notre pédagogie.

En tant que moniteur de mathématiques, je préfère quand un jeune vient me voir en rentrant de son apprentissage en boulangerie en me disant : ”Je ne connais pas mes tables de multiplications, on peut les travailler ? J’en ai besoin !”

Le maître de stage est notre partenaire dans ce travail surtout pour valider l’orientation des jeunes dans un corps de métier.

 

Ensuite, nous menons actuellement une large réflexion sur l’utilisation des TICE dans nos pratiques pédagogiques. Ces nouvelles technologies peuvent moderniser l’alternance, pour les mises en communs de travaux de recherche des élèves, les restitutions des uns et des autres… Il y a également la possibilité de réaliser des portfolios numériques de compétences professionnelles par exemple. Cela permet aux élèves de mettre à plat leurs compétences, d’apprendre à gérer leur identité numérique. Simplement, les équipes connaissent encore peu les outils et les possibilités du 2.0. Les MFR réalisent actuellement des chartes d’utilisation des réseaux sociaux à l’attention des jeunes, des familles et des équipes.

 

J’aimerais revenir sur la question du handicap chère à votre association. Actuellement, nous avons des élèves en situation de handicap visuel en classe de 4ème et de 3ème. Nous avons choisi de les intégrer dans nos classes, il s’agit d’une volonté d’équipe, consciente de l’engagement que cela lui demandait. La première question qui s’est posée par exemple a été « quelle transformation des supports pédagogiques ? ».

Nous avons l’avantage d’être une petite structure de 90 personnes présentes par session, cela permet d’être souples dans les apprentissages.

 

Ces résultats génèrent quelles réflexions ?

Le manifeste des MFR, qui vient d’être publié à l’occasion des présidentielles et intitulé « une autre approche de l’école est possible » décline 50 propositions qui résument assez bien notre pédagogie. En premier lieu, il y a l’importance de la part de la famille dans la formation des jeunes, leur orientation professionnelle. Nous avons une approche globale et humaniste des jeunes. Plus on communique, plus on associe les familles, mieux cela fonctionne. Notre pédagogie attire, nous avons de plus en plus de familles qui viennent vers nous suite à une problématiques liées à l’apprentissage ou au handicap mais, dans ce dernier cas, est-ce notre rôle ?

 

Pour en savoir plus sur Christophe Bernard

Blog Alternance TICEetTAC

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